La maternelle: Et si on la comparait à un autre pays?

Je sais que ce n’est pas poli de juger ou de comparer. Au moins les enfants. Mais puis-je juger et comparer deux pays? C’est du moins ce que je me trouve souvent en train de faire. Même involontairement. Spécialement maintenant avec le rentrée.

C’est très différent en Estonie. Et je me trouve coincée entre deux systèmes si incroyablement différents les uns des autres. J’ai grandi et j’ai toujours connu le système estonien. Mes enfants ne connaîtront que la système française. La façon dont cela, si je suis honnête, m’a choquée avec son manque d’individualité. La façon dont je m’habitue.

Grande Soeur en 2016

Quelques points de comparaison de base (essayons de garder à l’esprit que je ne fais que comparer avec l’école de mes enfants, je sais que ces choses peuvent varier beaucoup d’une école à l’autre):

  • En Estonie, la maternelle est considérée comme une kindergarten (jardin d’enfants) pas comme l’école.  
  • Les parents sont autorisés à l’intérieur du bâtiment. Ce qui signifie que ce sont eux qui accompagnent leurs enfants à l’intérieur et s’ils le souhaitent, passent du temps avec l’enfant et discutent avec l’enseignant. 
  • Ils peuvent amener et emmener leurs enfants quand ils le souhaitent. Bien sûr, il y a quelques heures à respecter (comme ne pas amener votre enfant trop tard après le petit-déjeuner et l’emmener avant 18h) mais sinon tout le monde va et vient comme ils le veulent. 
  • Les enfants ne sont pas obligés d’y aller. Ce qui signifie que si un parent décide un mardi matin que son enfant a besoin d’un jour pour se reposer, alors l’enfant peut rester à la maison et il n’y a pas besoin d’une explication spéciale (il est toujours poli de leur faire savoir que l’enfant ne vient pas) 
  • Les enfants prennent leur petit-déjeuner au kindergarten. Il n’y a pas de pause-déjeuner de deux heures et il y a un endroit où manger dans chaque kindergarten.
  • Il y a beaucoup d’activités supplémentaires liées au kindergarten auxquelles l’enfant peut participer – danse, chant, apprentissage d’un instrument, peinture, gymnastique, langues. Et ils entrent tous en profondeur dans ces disciplines dès le début (par opposition à l’éveil de danse, l’eveil musical, etc., qui sous-estiment les enfants, mais c’est mon opinion)
  • Ils jouent dehors par tous les temps. Peu importe que ce soit boueux, il pleut, il fait -10 degrés ou autre chose – ils sortent et tous les enfants ont des vêtements adaptés aux conditions météorologiques. 
  • L’aire de jeu extérieure est grande et offre beaucoup d’opportunités différentes. Différents terrains de jeux, bacs à sable, balançoires, etc. 
  • Il y a beaucoup d’événements et de concerts au kindergarten pendant l’année, où les parents sont toujours invités. Il ya une journée spéciale pour la fête des pères où les pères sont invités à passer la journée avec les enfants + un concert, un concert de la fête des mères, un spectacle de Noël, un spectacle de Pâques et un spectacle pour la fin de l’année scolaire. 
  • La plupart des enfants apprennent à lire, à écrire et à calculer avant la fin du kindergarten
  • La rentrée se fait en douceur. Le premier jour, l’enfant ne reste que quelques heures avec un parent. Le deuxième jour, l’enfant reste un peu plus longtemps avec le parent. Le troisième jour, l’enfant peut rester dormir (le parent part pour la sieste et prend l’enfant tout de suite après) et à partir du quatrième jour, le parent commence à partir peu à peu. Cela peut prendre plus d’une semaine, mais c’est fait de manière très non traumatisante où l’enfant s’habitue au nouveau système calmement. 
  • Vous obtenez toujours des informations à la fin de la journée sur ce qui a été fait pendant la journée et sur le comportement de votre enfant. De nombreux kindergartens ont des groupes Facebook fermées pour partager ce qu’ils font pendant la journée. 

Peut-être que cela aidera à comprendre pourquoi je me sens parfois frustrée par le système local. Cela me semble robotique. Attendre derrière une porte, former une ligne derrière une porte pour aller chercher mes enfants – ça parait si insensible. 

Et je ne me plains même pas de ne pas savoir grand-chose à propos des journées car je comprends que si tout le monde vient en même temps ET que tout le monde a des questions, alors le pauvre maîtresse ne rentrera pas chez elle pour le dîner. 

Mais je suis juste triste que nous, les parents, nous ne sommes pas inclus dans l’expérience scolaire. Que nous sommes bloqués vis-à-vis de l’information et que nous ne sommes pas les bienvenus à l’intérieur. Cette approche est froide pour moi. 

Pourtant, je sais que je dois être seule avec ce sentiment car comment pourrait-on manquer de quelque chose qu’on n’a jamais connu? Les Français ont grandi comme ça. C’est leur normalité. Même si c’est loin de la mienne. 

Je sais que mes enfants aiment leurs maîtresses. Et au bout du compte, c’est seulement ça qui compte. Qu’elles n’ont pas peur, qu’elles se sentent heureuses. 

Même si je veux me plaindre du fait qu’elles ne sortent pas quand c’est mouillé ou que l’aire de jeu extérieure est minime. Encore une fois, elles ne peuvent pas souhaiter mieux. Donc elles sont heureuses. Et je vais les laisser faire.

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4 Comments

  • Reply Solène septembre 12, 2018 at 7:41

    Je suis française, j’ai toujours connu ce système et pourtant je suis bien d’accord avec toi !
    Mon mari est Suisse et enseignant en primaire, il trouve aussi que c’est beaucoup mieux en Suisse car moins fermé aux parents, moins delevd’éen classe,plus daccompd’accompa pour les élèves en difficulté etc.
    J’essaie de ne pas trop y penser tant que mon fils est heureux mais c’est dur de ne pas en savoir plus à la fin de la journée !!

    • Reply Britt septembre 13, 2018 at 1:05

      Je ne sais pas pour vos enfants, mais je jure que parfois je pense que les miennes apprennent à l`école de ne pas donner de réponses sur ce qu’elles ont fait pendant leurs jours. Nos enfants qui ne peuvent jamais se taire et veulent seulement parler-parler-parler..

      « Je ne sais pas »
      « Je ne sais plus »

      Et si on n’a pas plus d’informations de la part de la maîtresse non plus… nous sommes dans le noir, on sait rien. 🙁

  • Reply melmelboo voyage septembre 12, 2018 at 8:03

    Ton article fait fortement écho en moi qui suis pourtant une maîtresse qui travail dans ce système français. Je n’aime pas ma relation si distante et protocolaire avec l’école de ma fille, je voudrais pouvoir sortir les élèves dehors par tous les temps, je regrette qu’on ne respecte pas mieux leur rythme et je trouve les cours de récréations trop souvent goudronnées d’une grande tristesse. Les choses évoluent doucement. Ouf.

    • Reply Britt septembre 13, 2018 at 12:58

      La décision de sortir dépend de qui? C’est le choix de la maîtresse ou c’est comme une recommandation générale de ne pas sortir quand il pleut? Bien sûr, les enfants devraient aussi poravoirer des vêtements appropriés, ce qui me semble rare. Je n’ai pas vu beaucoup d’enfants avec des pantalons de pluie et des vestes spéciales, au moins pas ici.

      Je pense que la France est juste un peu en retard dans certaines choses et peut-être que ça ira mieux avec les années. J’aimé beaucoup les écoles Montessori. Mais avec ces écoles le problème est simple – la plupart d’entre eux ont dans leurs principes que leurs écoles sont censées être accessibles à toutes les classes sociales. Et puis la soumission mensuelle est supérieure à 500 euros. Ce n’est pas très accessible à mon avis… Mais bien sûr, s’ils recevaient plus d’aides financiers, ils n’auraient pas besoin de demander ces sommes.

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