Accouchement sans péridurale

Il existe des centaines de différences entre l’Estonie et la France, mais il semble que les plus grandes sont celles qui tournent autour des enfants. En commençant par l’accouchement et l’allaitement et se terminant par le système éducatif.

Nous pouvons parler de l’éducation (ou de l’allaitement) une autre fois, mais aujourd’hui je veux parler de l’accouchement. Parce que bon… c’est quelque chose que je dois faire bientôt. Pour la troisième fois!

Les deux fois précédentes, j’ai choisi d’accoucher sans utiliser la péridurale. En Estonie, les gens ne réagissent à cette decision en aucune façon. Là-bas ça semble naturel de le faire comme ça. Mais ils réagissent ici. D’une manière qui m’a d’abord surprise. Ils me demandent si je suis folle, si je n’ai pas eu le temps pour une péridurale, ce qui a mal tourné, lèvent les yeux au ciel en disant qu’ils sont tellement désolés que ça s’est passé comme ça pour moi.

Mais c’était mon choix personnel et c’est quelque chose que presque personne ne veut comprendre. Et de l’autre côté il y a moi qui ne peux pas comprendre pourquoi il y a tant de femmes qui mettent la péridurale dans leurs plans d’accouchement dès le debut. Avant même de savoir comment cela se passera. Saviez-vous que 8 femmes sur 10 en France accouchent avec une péridurale?

Je ne dirai pas qu’une façon est meilleure ou plus correcte que l’autre. Ce n’est pas le cas. Pas du tout. Elles sont tout simplement différentes. Le manière d’accoucher n’affecte pas comment nous sommes en tant que mères. Cela n’affecte que le processus d’accouchement. Et voilà mon gros problème avec la France.

L’utilisation de la péridurale est idolâtrée, préconisée et les gens font semblant que sans, c’est impossible. Une fois j’ai vu une sage-femme à la télévision qui disait qu’il est nécessaire d’utiliser la péridurale parce que sans ça la femme pourrait mourir de douleur, elle peut s’embarrasser en criant comme un animal à côté de son mari ou commencer à haïr son bébé parce que le bébé est la raison pour laquelle elle ressent cette douleur.

J’ai écouté cet conversation et j’étais sans voix. Jamais dans ma vie, j’avais entendu tant de bêtises de quelqu’un qui devait être professionnel. Juste pour que vous sachiez, je n’ai pas fait de bruit (okok, pendant 10 seconds je me confond avec une lionne) pendant mes 2 accouchements, je ne suis pas morte et j’aime encore mes enfants.

Personne en Estonie ne vous dira que l’accouchement avec la péridurale est mal. Absolument pas. Mais ils vous diront que la chance d’avoir besoin d’une césarien d’urgence, une épisiotomie ou le besoin d’accoucher à l’aide d’une ventouse va augmenter considérablement avec la pose de la péridurale. Ils vous diront également que les chances d’être plus déchirées et d’avoir besoin de plus de points va augmenter aussi. Et ils accorderont une attention particulière pour que vous connaissiez ces risques et le fait que, bien sûr dans certains cas, la péridurale peut aider le col à ouvrir, mais a deux fois plus de risques d’arrêter le processus d’ouverture. Ils s’assurent que vous êtes conscient de tout: du bien et du mauvais.

Ce qui, à la fin, est la raison pour laquelle j’ai décidé de tenter un accouchement pas médicalisé. Je suis assez convaincue que l’accouchement actif est juste plus productif : se déplaçer pendant les contractions, aider le bébé à descendre, ne pas travailler contre mon corps. Je crois vraiment qu’au moins la moitié de la douleur est collée dans nos têtes (l’autre partie étant dans notre utérus bien sûr …).

Mon deuxième accouchement ne m’a pas fait moins mal que le premièr, mais j’ai senti que c’était plus facile parce que je savais déjà comment gérer la douleur. Je savais que la douleur n’est pas mon ennemie. C’est mon amie. Est-ce stupide? Bien sûr. Mais sans contractions, le col ne peut pas s’ouvrir. Chaque contraction me rapproche un peu plus de la rencontre avec le bébé.

Et si on parlait de bébé? Vous pensez que vous souffrez? Vous n’êtes pas la seule. Ce bébé est pris involontairement de sa “maison” et il doit traverser un chemin très étroit. Contrairement à vous, il n’a aucune idée de ce qu’il se passe. Il a peur, il est mal à l’aise et il souffre aussi. Il n’y a absolument rien qui l’aiderait. Sauf sortir. Et plus vous travaillez avec votre corps et vous lâchez vos peurs, plus vite cela se produit. Alors que si vous vous battez contre les contractions, gardez votre corps tendu et passez votre temps à crier au mur que vous voulez mourir (oui-oui, je l’ai fait une fois aussi, croyez-moi), eh bien … cela n’aide absolument personne.

Je ne dis pas que je n’accepterais jamais une péridurale. Si ça arrive que mon prochain accouchement dure pendant plus que 13h, je serais sur le bord de moi-même, je dirais oui. Peut-être que je vais même la poser moi-même! On ne peut nier. Mais tant que je suis capable de travailler avec mon corps, ma réponse est non.

Cela ne me rend pas mieux que quelqu’un d’autre, cela ne me fait pas mériter d’une médaille. Ca signifie simplement que je suis consciente des deux côtés de l’histoire et j’ai choisi le mien parce que je le juge plus utile.

Ce que je veux dire, c’est qu’il semble que tant de femmes optent pour péridurale parce qu’elles sont effrayées. Il n’y a rien de mal à enlever la douleur si vous ne pouvez pas la gérer. Mais beaucoup prennent la décision avant même de savoir où sont leurs limites. Et laissez-moi vous dire que la plupart d’entre nous sont beaucoup plus fortes que nous le pensons. Peut-être que c’est juste une question de vouloir la découvrir ou non 🙂

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